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Le blog de Samir Ould Ali

Veux-on interdire les musées au publics ?

28 Février 2013 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Culture

 

Musee-Oran.jpgComment le ministère de la Culture algériens espère-t-il attirer le public vers les musées en portant l’entrée à 200 dinars alors qu’il peinait à l’intéresser à 20 ? C’est la question que la direction du musée national Ahmed-Zabana d’Oran se pose alors qu’elle s’apprête à communiquer au personnel les nouvelles décisions contenues dans l’arrêté interministériel, publié dans le Journal Officiel du 20 janvier 2013, portant, entre autres, sur les nouveaux droits d’entrée : «De plus, l’application des nouvelles dispositions exigera une organisation particulière, puisqu’il n’est pas seulement question de l’augmentation du droit d’entrée mais également de réductions à consentir», s’inquiète Fatiha Silem, l’actuelle directrice du musée d’Oran, en énumérant les différentes remises à accorder aux différents types de visiteurs, telles que stipulées par le document ministériel : 30% pour les groupes de dix personnes et plus, 30% pour les artistes et les travailleurs de la culture, 50% pour les étudiants, stagiaires et apprentis, gratuité pour les personnes âgées de moins de 16 ans ou plus de 65 ans, les handicapés et leur accompagnateur, les appelés du service national et les demandeurs d’emploi : «Autrement dit, la réceptionniste doit vérifier à l’entrée la qualité, l’âge et l’identité de chaque visiteur pour déterminer la réduction appropriée. Imaginez un peu si une vingtaine de personnes se présentaient en même temps ?», s’interroge notre interlocutrice, qui justifie de 26 ans de service dans le musée. Une éventualité qui paraît peu probable compte tenu de l’importance de l’augmentation du droit d’entrée mais qui, affirme encore la directrice, donne quand même des sueurs froides à la réceptionniste. Plus aberrant encore, l’utilisation de caméscopes et d’appareils de prises de vues à des fins non commerciales est désormais tarifée par le payement d’un forfait de 200 dinars. Autrement dit, le père de famille qui décide d’accorder à ses enfants «un bain culturel» devra payer un minimum de 400 dinars (dans le cas où ses enfants sont âgés de moins de 16 ans et que sa femme aura décidé de rester à la maison) pour prendre des clichés d’un patrimoine culturel qui, de surcroit, n’a pas été renouvelé depuis près d’un demi-siècle. Le ministère de la Culture voudrait décourager le personnel muséal et accentuer le fossé avec le public qu’il ne s’y prendrait pas autrement.
 
Vers le renouvellement des collections
Alors que la logique voudrait que l’Etat consente des efforts supplémentaires pour réconcilier les Algériens avec les musées, voilà qu’une nouvelle mesure émanant «d’en haut» -«A ma connaissance les gestionnaires des musées n’ont pas été consultés ni associés à la prise de décision», déclare Fatiha Silem - jette le doute sur la volonté des pouvoirs publics de réhabiliter ces établissements culturels conservateurs de la mémoire collective : «Nous travaillons à la mise à niveau du musée notamment par le changement des vitrines, du mobilier et le renouvellement des collections exposées, mais cela risque de ne pas profiter à grand monde», déplore encore la directrice du musée Ahmed-Zabana en reconnaissant, malgré tout, qu’en matière de budget et de soutien financier, le département de Khalida Toumi n’est pas avare : «Bien au contraire, je peux affirmer que nous ne souffrons pas de soucis d’ordre matériel.» Il reste pourtant que la très controversée augmentation des droits d’entrée -exagérée et abusive, selon ceux des Oranais qui aiment encore se balader dans les allées du musée- risque d’isoler d’avantage l’établissement qui, par ailleurs, ne sort plus à la rencontre des élèves dans les écoles, comme il a pu le faire pendant un temps grâce à la Valise muséale : «Nous n’avons pas les ressources humaines nécessaires à ce genre d’opération», regrette Mme Silem en expliquant que la problématique de la formation et du recrutement du personnel est toujours posée, puisque les travailleurs ne bénéficient pas de stages de formation et que le concours de recrutement est ouvert à tous les profils : «Les cinq nouveaux employés que nous avons recrutés cette année sur concours sont tous diplômés en sciences politiques alors que le musée à besoin d’archéologues, d’historiens».
C’est dire que le musée Ahmed-Zabana est loin de régler ses problèmes.
 
Incursion dans l’Histoire
De la section des Beaux-arts à celle d’Histoire naturelle, en passant par les sections de l’Art musulman, de la Préhistoire ou encore de l’Ethnographie, cet établissement, situé avenue Ahmed-Zabana, en plein quartier Sid El Bachir (ex-Plateau St-Michel), offre (en attendant le renouvellement des collections) une incursion dans l’Histoire et de la matière à connaître et à savoir : des peintures et sculptures de diverses époques et écoles, des objets d’art musulman remontant au XIe siècle - notamment ceux appartenant aux dynasties musulmanes du Maghreb -, des collections de pièces de monnaie retraçant l’histoire des peuples africains (du XIe au XVIIIe siècle) et européens (XIXe et XXe siècle), des objets appartenant à la préhistoire témoignant du passage des hommes primitifs en Algérie, des vestiges matériels de l’Afrique et des pays du Maghreb, notamment l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.. Le musée propose également des collections de photographies, cartes et plans montrant le développement d’Oran depuis sa création aux environs de l’an 903, et une section naturelle composée de collections appartenant à la zoologie, à la botanique et à la paléontologie.

 

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