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Le blog de Samir Ould Ali

Soigner le toxicomane, c’est aussi lutter contre la drogue

7 Décembre 2012 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Actualités

Si la saisie récente d’une quantité record de 30 quintaux de résine de cannabis, dans l’ouest algérien, illustre le durcissement imprimé ces derniers temps à la lutte contre le trafic de drogue -notamment à travers le renforcement des moyens humains et matériels- elle n’en traduit pas moins la volonté toujours plus accrue des narcotrafiquants de se servir de l’Algérie comme plateforme de transit vers le continent européen tout en continuant à en approvisionner le marché local. Malgré de lourds revers et des pertes sèches (on se souvient des dizaines de ballots de kif rejetés par la mer en 2009, quantités qui avaient été estimées à 75 tonnes), les réseaux de trafic de drogue, des cartels désormais transnationaux et agissant avec des moyens de plus en plus sophistiqués, poursuivent leur entreprise macabre en profitant de la porosité des frontières et en s’appuyant, à la fois, sur des ressources puisées dans les milieux défavorisés et sur des complicités tapies dans les administrations, y compris au sein des organismes chargés de la lutte contre le trafic des stupéfiants.


L’entêtement des narcotrafiquants s’explique - outre le succès de leurs crimes, des spécialistes estimant que les quantités qui échappent aux saisies seraient dix fois supérieures - par la situation géostratégique de l’Algérie, qui offre l’avantage d’une frontière commune avec le gros producteur de kif qu’est le Maroc, d’un accès direct au marché européen mais aussi aux pays africains et moyen-orientaux comme tend à le confirmer l’augmentation du trafic dans certaines zones du Sud impliquant aussi bien des Maghrébins que des Subsahariens. Cette situation n’a évidemment - et malheureusement - pas épargné les Algériens, puisque la consommation de la drogue a, aujourd’hui, atteint une ampleur jamais connue auparavant (on parle de 250 000 à 300 000 consommateurs, dont 60% seraient âgés entre 20 et 39 ans), le cannabis est entré dans les écoles et s’attaque à des franges de plus en plus jeunes, et des drogues dures, cela est enfin reconnu par les pouvoirs publics, sont de plus en plus disponibles dans la société algérienne. Pendant ce temps, les moyens mis à la disposition de la lutte contre la toxicomanie font le désespoir des thérapeutes et l’ouverture des centres intermédiaires de soins pour les toxicomanes se fait au compte-gouttes. 


La stigmatisation et la criminalisation continuent d’être les outils de combat utilisés par les pouvoirs publics alors même qu’il est universellement admis que les consommateurs sont des personnes dépendantes qui doivent être traitées comme des patients et non comme des criminels. L’année dernière, d’importantes personnalités dans le monde (l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, les anciens présidents de Colombie, César Gaviria, et du Mexique, Ernesto Zedillo, notamment) ont estimé, dans un document signé par d’éminents noms de la politique et de la littérature mondiale, que la lutte contre la drogue a échoué avec des conséquences dévastatrices pour les individus et les sociétés du monde entier et qu’il convenait de réformer les politiques de contrôle des drogues dans le cadre d’une approche plus humaine : «Les initiatives de décriminalisation n’aboutissent pas à une augmentation significative de la consommation de drogues», ont-ils noté en citant l’exemple du Portugal et de la Hollande et en encourageant les gouvernements à tenter l’expérimentation «avec des modèles de régulation légale des drogues (en particulier le cannabis) afin de réduire le pouvoir de la criminalité organisée et protéger la santé et la sécurité de leurs citoyens». Le document recommande également, entre autres mesures, d’infliger des amendes aux possesseurs de substances illégales et d’hospitaliser les personnes dépendantes dans des centres spécialisés sans ouverture de casier judiciaire.Soit, faire la distinction entre le criminel à réprimer et le toxicomane à soigner…

 

 

 

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