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Le blog de Samir Ould Ali

Service ORL du CHU d'Oran : Malades en danger

9 Mai 2012 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Reportage

Il est des travaux de construction ou de rénovation qui, s’ils plongent momentanément une ville dans la gêne et le désordre, ne mettent pas directement la vie humaine en danger. Pour ne citer que cet exemple-là, le projet de réalisation du tramway d’Oran a certes mis la cité sens dessus-dessous et continue de susciter de très nombreux désagréments mais sans mettre en péril la vie des habitants. Il en est d’autres, en revanche, qui, s’ils ne sont pas bien réfléchis et bien gérés, provoquent le désarroi, la peur et, parfois même, de graves problèmes de santé. Et le chantier de rénovation du service d’oto-rhino-laryngologie (ORL) du CHU d’Oran compte parmi ceux-là.

 

On ne soigne pas les malades, on les balade

Dimanche 06 mai, 10 heures du matin. A l’entrée de l’hôpital, un groupe de personnes, une vingtaine tout au plus, gesticule et parle à voix haute, créant un attroupement qui gêne la circulation et entraîne l’intervention de deux policiers en uniforme. Renseignement pris, il s’agit de malades ayant été éconduits par les responsables du service ORL dont le personnel est en grève : «Depuis ce matin, on nous balade d’un service à un autre, dénonce l’un d’eux à voix haute. A l’ORL, on refuse de nous prendre en charge et l’Administration de l’hôpital nous répond qu’elle ne peut rien faire alors que nous avons payé les 100 DA, frais de la consultation. C’est quoi ce cirque ?!» Peu désireux de voir la situation prendre de l’ampleur, les agents de l’ordre tentent, tant bien que mal, de calmer les esprits et demandent aux contestataires de se diriger vers le service ORL en attendant d’être plus informés. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, ceux-ci acceptent de se rendre une nouvelle fois au service mais en menaçant de ne pas en sortir avant d’avoir obtenu satisfaction. Une fois sur les lieux, les malades se dirigent directement vers le bureau du chef de service, qui sous la pression promet qu’ils seront pris en charge et que, pour cela, ils devaient aller à l’ancienne Garnison où se trouvent les auscultations externes : «Je viens de donner des ordres pour qu’on vous reçoive ; je vous suis dans un instant !», promet-elle, le téléphone portable à la main. Rassurants, les deux agents de l’ordre prennent aussi l’engagement de se rendre à la Garnison.Sur le chemin qui sépare le service ORL de la Garnison, les malades n’en démordent pas : «Soit ils nous auscultent, soit je casse tout !», promet-on, les nerfs à vif par «tant de mépris et hogra» : «Je viens de Ténès, wilaya de Chlef depuis 1998 pour mes problèmes d’audition,  raconte une femme d’âge mûr. Et toutes les fois que je dois venir à Oran, il faut que je prenne des dispositions pratiques comme faire garder mes enfants et me débrouiller l’argent du voyage et des examens. C’est l’enfer, l’enfer !» Mais pourquoi ne se soigne-t-elle pas à Chlef ? «Parce que j’ai confiance en mon médecin traitant et qu’en principe le CHU d’Oran est un grand hôpital», répond-elle avec chaleur. «Cette femme doit subir une opération chirurgicale depuis une année, confirme plus tard son professeur. Et depuis une année, je reporte parce que nous n’avons pas les moyens d’exercer la médecine au service ORL.» 

Dans la procession qui chemine difficilement vers la Garnison (les allers-retours pèsent sur les jambes de ces malades dont certains sont âgés et souffrent d’hypertension artérielle), des jeunes souffrant aussi de problèmes ORL contiennent mal leur impatience : «Ce qu’ils nous font subir est inhumain et ce n’est pas pour rien que les jeunes préfèrent el harga à el hogra. A mon avis, il faut tout casser pour montrer qu’on ne plaisante pas !»¸ suggère l’un d’eux. «Qu’est-ce que tu vas gagner ? réplique un autre. Tu seras arrêté et jeté en prison !». Ce qui suscite un ricanement du premier : «M’en fous, je connais!»

 

Mesures exceptionnelles pour banales auscultations

Une fois à la Garnison - un ensemble de bâtiments abritant notamment le service infectieux - les malades trouvent les bureaux d’auscultation fermés, ce qui décuple la colère de certains et porte un coup au moral des autres qui se laissent lourdement tomber sur les bancs en bois : «Je suis sûr que la chef de service ne viendra pas et qu’elle s’est jouée de nous, tempête un homme, un coton enfoncé dans l’oreille gauche. Mayahechmouch ! (Il n'ont pas honte)» Et de fait, il apparaîtra plus tard que le chef de service a ainsi éloigné les malades pour pouvoir improviser une réunion avec le personnel médical et des responsables de la direction générale pour prendre des mesures exceptionnelles. Et lorsqu’une demi-heure plus tard, les malades ulcérés par le traitement qui leur a été infligé depuis le début de la matinée (un adolescent se tient la main ensanglantée par le violent coup de poing qu’il a donné à une fenêtre) sont revenus pour exiger des explications, ils ont trouvé le chef de service en compagnie des responsables de l’Administration : «Vous allez être auscultés, nous avons pris les mesures et le médecin vous attend», leur a-t-elle lancé en les priant de se rendre… à la Garnison. La présence d’un certain nombre de médecins à la réunion sembla rassurer les malades qui reprirent le chemin de la Garnison où ils purent enfin renouer avec l’ordinaire : la longue attente sur des bancs en bois, des plafonds dont la peinture tombe en lambeaux, une infirmière qui s’emporte la normalité du CHU d’Oran : «On dirait que c’est elle qu’on a fait balader toute la matinée, c’est fou ça !», murmure l’un des jeunes en jetant un regard courroucé à l’infirmière indélicate.

 

Ce n’est pas une grève...

La pénible matinée que les malades ont vécue dimanche dernier n’est pas unique en son genre puisque le service ORL est en rénovation depuis plus de six mois : «Ce n’est pas une grève, explique un professeur exerçant au service en question. Notre pavillon est en rénovation et nous n’avons plus les moyens de prendre en charge les malades. Et nous sommes arrivés à un degré d’impuissance tel que nous avons décidé, nous médecins, de ne plus assurer les auscultations externes. C’est notre manière de nous solidariser avec le malade et de mettre la pression sur notre hiérarchie». D’ordinaire, le service accueille une trentaine de malades par jour et assure une vingtaine d’opérations chirurgicales par semaine ; mais depuis le début des travaux de rénovation, les auscultations se font de manière irrégulière et plus aucune intervention chirurgicale n’y a été réalisée (quelque 200 malades seraient en attente). 

D’ailleurs, dans une lettre adressée au chef de service, les médecins résidents du service ORL déplorent le fait que, depuis décembre, leur structure soit devenue un chantier de rénovation qui a considérablement réduit les activités du service. «Le bloc opératoire et l’unité d’exploration ne sont plus fonctionnels, l’unité d’hospitalisation ne compte que quelques lits pour les patients hospitalisés d’urgence, l’unité d’urgence a été transférée au pavillon 19 (UMC, Ndlr) sans prévoir les moyens nécessaires pour une garde d’urgence ORL», est-il énuméré dans ce communiqué consultable sur la page Facebook du Comité des médecins résidents d’Oran. Les signataires de la lettre, signée le 29 avril dernier, déplorent de nombreuses autres anomalies qui mettent en danger la santé des malades : «Nous en sommes arrivés à opérer un enfant dans un bloc conçu pour des adultes, ce qui est contraire à tous les protocoles et à tout ce que nous avons appris à l’université. Voilà où on en est arrivés par la faute d’une gestion désastreuse!!», dénonce un médecin du service ORL en insistant sur le fait qu’il n’est pas tant question de manque de moyens matériels et de ressources humaines que de la mauvaise gestion des dirigeants du CHU d’Oran : «Comment décider de mettre en rénovation un service, quel qu’il soit, sans prendre les mesures qui vont avec : ménager une structure d’urgence dotée des moyens appropriés, par exemple, veiller à ce que les travaux ne dépassent pas les délais impartis (en l’occurrence la rénovation de l’ORL devait durer 25 jours, selon notre interlocuteur, elle en est à six mois Ndlr)… Bref, ne pas se laisser déborder au point de mettre en danger la vie humaine.»

Alors que les patients atteints de maladies liées à l’oto-rhino-laryngologie vivent le calvaire en raison d’une mauvaise gestion caractérisée, les responsables de la Santé - forcément au courant de la situation - brillent par leur absence. Nous l’avons vu avec les malades baladés ce dimanche et cela nous a été confirmé par quelques membres du personnel médical du service ORL : «C’est une situation anormale qui, ailleurs, aurait provoqué le branle-bas dans les plus hautes sphères de l’Etat mais qui, chez nous, est vécue comme une fatalité.» Plus que jamais, les responsables de la Santé - du chef de service au ministre Djamel Ould Abbès - sont interpellés pour mettre un terme à cette situation catastrophique - qui n’est pas propre à l’ORL mais touche la majorité des services - et permettre aux malades de se soigner comme dans n’importe quel pays qui se respecte.

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berrada 14/09/2012 23:03

je trouve que votre article est un concentre de deinformation
mettant votre niveau professionel vers un argus frizant la nullitee professionelle et que lorsque on est un veritable journaliste on realise son article sur des informations reelles et non dans l
informel en copinages avec des brebis galleuses du service motives par le sabotage de ce service a vocation regional qui suite a sa renovation les mettra insignifiant comme votre article un
dementis a deja ete publier et des comptes sur vos fausses afirmations vous seront demander.

Fethi 26/05/2012 18:20

Dommage que ce soit toujours les (pauvres)citoyens qui payent.Bonne fin de journée