Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Samir Ould Ali

Prise en charge des toxicomanes : Entre vœux pieux et réalité implacable

16 Mai 2010 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Drogue

Difficile de dire que la prise en charge du toxicomane algérien est à la hauteur de la dimension que le trafic et la consommation de la drogue ont prise ces dernières années : Alors que la réalité de tous les jours nous démontre que l’usage des stupéfiants s’est généralisé à toutes les couches de la société et que certaines sources impliquées dans la lutte anti-drogue estiment à 300.000 le nombre de toxicomanes, l’Algérie ne dispose que de deux centres de prévention et de soins (centres de désintoxication) à Blida et Oran, et trois centres intermédiaires de soins (CIST) à Alger, Annaba et Sétif. Ceci alors que le plan d’actions que le ministère de la Santé de la Population et de la Réforme hospitalière a établi en 2006 pour le renforcement de la prise en charge des toxicomanes, prévoit notamment la création de 15 centres de désintoxication et 53 (CIST) qui permettraient de couvrir les besoins de l’ensemble du territoire national : «Quatre ans après, force est de reconnaître qu’aucun nouveau centre de désintoxication n’a été ouvert et 20 CIST sur les 53 prévus sont encore au stade de réalisation. Des problèmes de ressources financières, l’indisponibilité des assiettes foncières et, parfois, la mauvaise volonté de certains autorités locales sont à l’origine de cette situation», déplore le docteur Slimi Djamel, chargé du programme de lutte contre la toxicomanie à la Direction de la prévention au ministère de la tutelle.

Au deuxième et dernier jour du séminaire régional Ouest, consacré à la loi relative à la prévention et à la répression de l'usage et trafic illicites de stupéfiants et de substances psychotropes, le responsable reconnaît dans son intervention qu’il n’est pas non plus encore question de la création des cellules d'écoute et d'orientation dont le rôle tant dans la prévention de la toxicomanie que dans le processus de désintoxication n’est plus à démontrer.

 

Assister la famille du toxicomane

Insistant sur le fait qu’aucun pays dans le monde n’a encore pu maîtriser le phénomène de la toxicomanie, Slimi Djamel a souligné que l’utilisateur de la drogue est néanmoins un malade auquel il convient de prodiguer des soins: «Il ne faut pas perdre de vue que le toxicomane est un membre de la société et qu’il peut avoir une influence sur son environnement et entraîner d’autres personnes», a-t-il encore averti en encourageant également la prise en charge thérapeutique de la famille du drogué «parce qu’avoir un membre toxicomane est une catastrophe pour la famille.»

Pour l’intervenant, la prise en charge du toxicomane est évidemment médico-sociale et ne saurait se satisfaire de la seule médication : «Le processus qui peut prendre des mois, voire des années, requiert tout à la fois les médicaments, l’assistance psychologique et l’implication de l’environnement social», a-t-il énuméré en rappelant que le volet formation des spécialistes, généralistes et psychologues constitue aussi une préoccupation immédiate des autorités.

Malgré l’absence d’une réelle évolution dans la prise en charge du toxicomane, le responsable de la prévention du ministère de la Santé ne désespère pas de voir la lutte contre la toxicomanie en général et la prise en charge du toxicomane en particulier gagner en efficacité et en maturité : «Les structures existantes ne suffisent pas à répondre aux besoins en soins des usagers mais la réception attendue des infrastructures hospitalières et sanitaires amélioreront certainement leur prise en charge.»

Alors que les ravages de la toxicomanie sont d’une cruelle actualité, la prise en charge est encore conjuguée au futur incertain. Surtout pour les toxicomanes.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article