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Le blog de Samir Ould Ali

Oran : Transport urbain ou l’anarchie assumée d’un secteur rentable

14 Novembre 2010 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Oran

Tout le monde le sait, le simple citoyen comme les pouvoirs publics, le transport urbain oranais se caractérise par une profonde et solide anarchie entretenue par des opérateurs avides de gain facile et des responsables locaux très arrangeants. Au quotidien, cela se traduit notamment par une foule de désagréments pour les usagers et de multiples violations du code de la route qui mettent souvent en danger la vie des citoyens. «Tout le monde trouve son compte, y compris les responsables. Autrement, l’Etat interviendrait vigoureusement, il en a les moyens», estime l’usager qui désespère de son prochain et reconnaît ne plus nourrir aucun espoir de voir l’ordre se rétablir un jour. «Du propriétaire du bus à son receveur en passant par le chauffeur, les responsables de la Direction des transports, les agents de l’ordre… tous ne rêvent que de l’aisance matérielle. Et tant pis pour le confort de l’usager et la quiétude de la cité !»

Il y a 15 ans, l’ouverture débridée

Régnant en maîtresse depuis un peu plus de quinze années, cette situation anarchique est venue à bout de toutes les tentatives - très timides il est vrai - de certaines autorités d’imposer quelque organisation. Aujourd’hui, la situation est tellement confuse que les transporteurs agissent à leur guise, des bus desservant certaines lignes se font racketter, d’autres sont braqués et les usagers dépouillés de leurs biens… Tel est, en partie, le prix de l’ouverture vers le privé. Source intarissable d’argent, le transport urbain d’Oran a été assailli par de très nombreux véhicules en tout genre et de tout type, dont la majorité sans aucune commodité. Depuis la moitié des années quatre-vingt-dix, alors que toute l’économie algérienne s’ouvrait au marché mondial, le secteur du transport urbain et suburbain d’Oran a été «offert» au privé pendant que les véhicules de l’Etat étaient remisés dans les parcs. Un véritable engouement était ainsi né chez tout particulier possédant un véhicule de transport de voyageurs : J-5 et J-9 conçus pour le transport de marchandise voyaient soudain leur tôle découpée et vitrée, et leur plancher percé pour recevoir des rangées de sièges inconfortables. En quelques années, les propriétaires amassèrent suffisamment d’argent pour non seulement remplacer leurs épaves par de nouveaux véhicules mais aussi acquérir le droit de desservir d’autres lignes. Le filon était en or et il fallait en profiter coûte que coûte. L’ouverture vers le privé était ainsi faite alors que la Direction des transports d’Oran ne disposait ni d’une vision globale, ni des outils de régulation et encore moins d’un plan de transport étudié. Aujourd’hui, Oran est littéralement noyée par les transporteurs urbains et suburbains qui activent dans un dangereux brouhaha, sous le regard d’autorités dépassées et qui ne savent plus comment agir. Du sureffectif dans certaines lignes (particulièrement la B qui lie l’est à l’ouest de la ville, et la 51 qui dessert la très commerçante M’dina J’dida), à l’absence de tout respect pour les usagers - au départ de chaque arrêt, certains chauffeurs et receveurs ont cette phrase avilissante : «Fellah, sellaa, kellaa» (dans le sens ‘‘prends ta marchandise et pars’’) qu’on prononce ordinairement lorsqu’il s’agit de transport de marchandises - en passant par les violations multiples et quotidiennes du code la route, le secteur du transport public provoque les imprécations des uns et le fatalisme des autres : «Où est le contrôle ?!» dénonce-t-on ici et là lorsque le déni de droit atteint son comble. Mais point de contrôle, hormis quelques policiers qui s’échinent à siffler les chauffeurs contrevenants en leur confisquant parfois leurs documents. Documents, on le devine, que les concernés ont tôt fait de récupérer par le biais de connaissances bien placées. 
Il y a quelques années pourtant, les autorités locales avaient fourni des efforts pour apporter un peu d’ordre dans ce secteur anarchique mais les commissions multisectorielles de contrôle qui avaient été installées ont eu tôt fait de disparaître, ne laissant que le goût amer d’un échec prématuré.

L’urgence d’une reprise en main

Cette situation de désorganisation totale a, bien entendu, laissé la porte ouverte à toutes les dérives, dont l’apparition de racketteurs qui, dans certains arrêts, perçoivent leur dîme au passage de chaque bus : «Pas tous, sursaute un receveur exerçant sur la ligne 11 (reliant le centre-ville et l’est d’Oran). Nous ne consentirons jamais à nous faire racketter parce que le patron est très puissant.» Petit mensonge d’un orgueil touché ou pure vérité, il n’en demeure pas moins que les racketteurs continuent de tendre une main ferme au passage des transporteurs et repartent satisfaits.  Les responsables locaux ont maintes fois exprimé la détermination de l’Etat à rétablir l’ordre dans le secteur des transports, comme dans l’ensemble des autres secteurs d’activité économique, mais les opérateurs continuent d’agir à leur guise, au mépris de toutes les lois ; les violations en tous genres se multiplient et le citoyen en demeure la première et l’ultime victime. Plus que jamais, l’Etat est interpellé pour mettre fin à cette anarchie qui n’a que trop duré.  

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