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Le blog de Samir Ould Ali

La B.D à Oran: Des librairies aux tables de l’informel

19 Octobre 2012 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Culture

bbe63d0d.JPGIl y a très longtemps, le jeune oranais pouvait se rendre, chaque jeudi, dans les librairies ou les kiosques pour faire le plein de bandes dessinées (BD), en arabe ou en français, réalisées avec intelligence autour de sujets où la notion de violence n’avait pas sa place. Il avait le choix entre des BD algériennes relatant les aventures de l’inoubliable Mkidèch, de l’éphémère Richa (souvenez-vous de celle dont la masse n’empêchait pas la légèreté) ou encore les truculentes -mais non moins contestatrices- péripéties de Bouzid et Zina, et des BD françaises, dont le représentant le plus illustre Pif (et ses amis Hercule, Rahan, Placid et Muzo, Glop…) était vendu accompagné d’un gadget. Il y avait aussi les bandes dessinées relatant les aventures de Mickey et tous les personnages du monde cotonneux de Walt Disney, Tintin ou Lucky Luke que l’on pouvait également trouver chez des amis et camarades de classes. En ce temps-là, les pouvoirs publics, comme la société algérienne, avaient encore une certaine tendresse pour cet art qui était «l’un des plus connus du monde arabe, musulman et d’Afrique», comme l’affirme Lazhari Labter, éditeur de «Panorama de la bande dessinée algérienne 1969-2009» et passionné de bandes dessinées.

Quelques années plus tard, alors que l’Algérie s’engageait sur la voie périlleuse du libéralisme et s’ouvrait sur le marché mondial dans l’anarchie que l’on sait, ces bandes dessinées ont commencé à disparaître pour laisser la place à un autre genre de littérature pour jeunes, dont les histoires tournaient autour de la violence, que des opérateurs importaient massivement et que les petits vendeurs écoulaient sous les Arcades ou sur les trottoirs de M’dina J’dida. Cela n’a duré qu’un temps (ce qui explique que l’on ne se souvienne pas des titres) mais, déjà, Mkidèch, Pif et compagnie avaient disparu des commerces, laissant les amateurs de BD seuls avec leur frustration. On l’ignorait à ce moment-là, mais cela avait signé la fin de la meilleure époque de la BD.

Aujourd’hui, entre les atermoiements des pouvoirs publics dans la prise en charge réelle du secteur du livre, les hésitations des investisseurs à embrasser un créneau à risques et l’indifférence de la société, au prises avec les problèmes socioéconomiques que tout le monde connait, les jeunes se sont laissés prendre dans les filets des multimédias et des TIC : l’ordinateur, le téléphone portable et la télévision ont ainsi occupé l’énorme vide laissé par la disparition du livre et de la bande dessinée. Les seules bandes dessinées que l’on peut retrouver encore aujourd’hui dans certains kiosques à tabac sont des revues importées de pays arabes destinées aux petites filles. D’ailleurs, presque plus aucune librairie, plus aucun kiosque, ne propose de revues, qu’elles soient généralistes ou spécialisées, et il faut vraiment user ses semelles pour en dénicher quelques-unes.

Le seul espoir qui reste finalement aux amateurs de la BD est le secteur informel et le marché de M’dina J’dida où il arrive, de loin en loin, qu’un vendeur à la sauvette propose une vieille édition de Bouzid, un Pif poche, un Tintin ou un Lucky Luke vieillis par le temps. 

Des maisons d’édition et librairies à l’informel et la vente à la sauvette : te est le sort réservé à la bande dessinée en Algérie.

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