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Le blog de Samir Ould Ali

Hypocrisie culturelle

13 Novembre 2010 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Culture

Inutile de se voiler la face : l’Algérie n’a encore aucune considération pour la culture et encore moins pour tous ceux qui ont lutté ou continuent de se battre (toujours en silence, souvent dans le dénuement) pour que les Arts ne soient pas sacrifiés sur l’autel de l’ignorance. Dès lors qu’un chanteur comme Djilali Rezkallah - plus connu comme Djilali Raina-Rai ou Djilali Amarna - est mort dans les odieuses conditions d’oubli que l’on sait, il vaut mieux ne plus parler de développement de la culture ou vouloir inviter les «forces vives de la nation» à embrasser une carrière artistique. D’abord parce que cela serait pure hypocrisie quand on voit le sort qui est finalement réservé à l’artiste algérien, ensuite parce que les jeunes - que l’on a, d’ailleurs, la plus grande peine à convaincre de rester en Algérie - réfléchiront à dix fois avant de s’engager sur la voie des Arts. Quant à faire revenir ceux qui ont réussi à se faire petite place à l’étranger, mieux vaut ne pas  rêver.

Voilà un jeune chanteur bourré de talent qui - un jour de juillet 1985 à l’occasion de la fête de la jeunesse, justement - avait réussi à mettre le feu à une scène jusque-là habitée par des artistes un peu trop placides, un peu trop empruntés. Bouleversant le raï par sa fraîcheur, ses déhanchements et son incroyable joie de vivre, Djilali s’était, dès cette soirée-là, imposé comme le chamane d’un raï nouveau, ensoleillé, porteur des espérances et de soif de libertés - qui devaient exploser trois ans pus tard - de millions de jeunes algériens.  Et pendant longtemps, Djilali a été la voix de ce groupe mythique issu de Bel-Abbès, dont la réputation a atteint des hauteurs rarement touchées par une formation algérienne…   

Et soudain, des années plus tard, un jour d’octobre 2010, un homme très pâle, s’exprimant avec difficultés,  est apparu sur la chaine de télévision algérienne pour appeler à l’aide. Rares sont ceux qui reconnurent dans ce visage vieilli avant l’heure et ravagé par la maladie ce lutin de Djilali qui avait tant fait pour le raï. Abandonné par tous - les pouvoirs publics comme la communauté des artistes - et désargenté, il se débattait contre son horrible maladie avec le seul soutien de sa femme et ses enfants. Il aura fallu «cette mise à nue» télévisuelle pour qu’amis et pouvoirs publics pensant à organiser un gala de soutien à un artiste reconnu de tous. Et ce fut tout : «Je ne peux décrire la souffrance qu’a vécue Djilali ces derniers jours tandis qu’aucun de ses amis n’est venu lui rendre visite à l’hôpital», s’est insurgé, lors de l’enterrement du chanteur cette semaine, son fils Fayçal en avertissant contre la «commercialisation de la mémoire» de son père. Pourtant, si on ne sait pas s’il y aura commercialisation ou non, la manipulation de l’opinion a, en tout cas, d’ores et déjà commencé, et le jour même des obsèques. Toute honte bue, une voix du ministère de la Culture, retransmise sur les ondes de la radio, s’est opportunément rappelée de l’artiste «qui a égayé la soirée de juillet 1985» et regretté sa «tragique disparition».  

Il est vrai que de nombreux artistes algériens, connus ou méconnus, ont vécu presque la même tragédie que Djilali avec le même abandon et le même oubli étatiques. Il est juste regrettable que ce qui était vrai il y a 20 ans prévaut encore aujourd’hui alors qu’on crie sur tous les toits que la situation a changé : A comparer la fin de vie de Djilali à celle de Ahmed Wahbi, décédé lui en 1993, l’on se rend compte que rien n’a finalement pas vraiment changé.

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