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Le blog de Samir Ould Ali

Abus de faiblesse sur Algériens en état de jeûne

12 Août 2010 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Actualités

«On ne peut pas organiser le marché du jour au lendemain, surtout que les dispositions des lois sur la concurrence et les pratiques commerciales arrivent un peu tard par rapport au mois de Ramadhan.» Les consommateurs algériens sont avertis : à travers cet aveu, Mustapha Benbada, le ministre du Commerce himself, annonce que le Ramadhan 2010 ne différera en rien (ou presque) de ses prédécesseurs des dix dernières années.

Dans l’anarchie généralisée des marchés, les prix des produits alimentaires seront probablement aussi élevés puisque ce sont les spéculateurs qui les définiront et que, jusqu’ici, nous n’en avons pas encore vu qui se souciât du pouvoir d’achat de ses concitoyens. Le consommateur - ce client qui a depuis longtemps quitté son trône - devra donc se plier aux exigences impitoyables du commerçant, qu’il soit formel ou informel, et se saigner à blanc parce que, grosso modo, les dirigeants de son pays de 35 millions d’habitants sont impuissants à réguler le marché, à faire appliquer les textes de loi et à contraindre l’ensemble des acteurs économiques à les respecter.

 

Pourtant, à la veille de chaque Ramadhan, les pouvoirs publics annoncent avoir pris les mesures adéquates pour «contrer toute forme de spéculation», «contrôler l’ensemble des pratiques commerciales» ou encore «protéger le consommateur». Cette année encore, les responsables du ministère du Commerce ont sacrifié à cet exercice censé rassurer les populations et ressassé les mêmes fadaises : «Un programme spécial Ramadhan a été mis en place par le ministère du Commerce en vue d’assurer un bon encadrement et contrôle des marchés du territoire national et garantir ainsi la santé et la sécurité du citoyen», a assuré l’un d’eux tout récemment sur les ondes de la radio nationale. Allant plus dans le détail, l’intervenant a expliqué sans rire que, pour cela, l’Etat a mobilisé 3.600 agents chargés «de contrôler les conditions d’hygiène et de conservation des produits alimentaires mis en vente et veiller, entre autres, au strict respect des fourchettes des prix». D’autres sources ont évoqué dans la presse, mais sans livrer de détails (sic) «une stratégie pour contrer les agissements des spéculateurs lors du mois de Ramadhan.» Les spéculateurs et commerçants de tous bords doivent se frotter les mains à la perspective de subir ce «train de mesures», eux qui savent pertinemment que les jeux sont déjà faits et que, passé les premiers jours, la pression - si toutefois pression il y a - baissera et que tout rentrera dans l’ordre… qu’ils auront établi. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et relire les comptes-rendus de presse pour se convaincre de l’inanité de ces mesures qui ont parfois pris des allures d’offensives  policières pour tourner en eau de boudin (la saisie ultramédiatisée des 150 tonnes de pommes de terre avariées dans des chambres froides à Oued Tlélat pendant le Ramadhan 2007 en est la parfaite illustration puisque le prix du féculent n’en avait pas moins atteint 100 DA le kilogramme le même mois). Comment, en effet, réguler un marché et obliger les opérateurs économiques au respect des lois lorsque le simple affichage des prix n’est pas observé ?

 

Les spécialistes le disent souvent : l’Algérie souffre de la non-application des textes de loi dont on a toujours annoncé en fanfare l’adoption par les élus du peuple. Nous pouvons ajouter ici que derrière l’impuissance des pouvoirs publics à appliquer ces lois, se profile la délicate mais avérée question de leur complicité active ou passive dans les fléaux que les Algériens subissent au quotidien malgré, il faut le rappeler par ailleurs, une nette amélioration du cadre et de la qualité de vie. Aux dirigeants, il faut sans doute ajouter ces trop nombreux élus qui, on en est définitivement convaincus, n’agissent que pour leur compte sans se soucier de défendre les intérêts de leurs électeurs.
Ailleurs, sur des terres plus respectueuses des lois, l’ensemble de ces acteurs (représentants des pouvoirs publics, commerçants, élus…) seraient coupables d’abus de faiblesse quand ils le ne seraient pas de corruption. 

 

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