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Le blog de Samir Ould Ali

Maladies, toxicomanie, suicides, sinistres routiers...

22 Mai 2009 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Revue de Presse


Quand la prévention vient à faire défaut

Pour tenter de contrer des situations à risques pour la santé physique ou mentale des individus comme celles pouvant se traduire par des effets sociaux nuisibles sur la société, des  spécialistes croient chaque fois intelligent de préconiser des actions de sensibilisation. Qu’il s’agisse de pathologies menaçant la santé de larges franges de la population, de la progression de la toxicomanie, de la prolifération du tabagisme ou encore de l’accroissement du nombre des suicidés ou de la naissance et du développement de l’émigration clandestine, c’est chaque fois la même idée qui est préconisée : il faut sensibiliser.  Il ne fait pas de doute que la sensibilisation a un rôle qui peut s’avérer indispensable  quand il s’agit d’atténuer les effets de certains phénomènes pernicieux. Mais  de quel apport pourrait bien être cette dernière lorsqu’il s’agit d’empêcher, par exemple, la survenue de certaines pathologies qui, sous certaines conditions et si elles sont décelées précocement peuvent être évitées ? 
Pour illustrer tout le chemin qui reste à faire en matière de prévention dans le domaine médical en particulier, il faut se rappeler des alertes que n’ont cessé de lancer, depuis de nombreuses années déjà aux autorités sanitaires du pays, d’éminents praticiens pour contrer l’inquiétante avancée des cancers du col de l’utérus et du sein en Algérie sans pour autant parvenir à se faire entendre. Pour ce qui concerne le cancer du col de l’utérus, le Pr Kamal Bouzid avait, à de multiples reprises, demandé que soit introduite la vaccination pour stopper la propagation de cette maladie dont 80% des 3 000 cas dépistés annuellement le sont malheureusement à un stade avancé et provoquent sur la même période le décès de près de 1 500 femmes qui en ont été  affectées.
C’est, semble-t-il, le poids financier que suppose la vaccination des adolescentes qui fait hésiter le ministère de la Santé. La prise en charge d’une jeune fille vaccinée revenant en moyenne à 45 000 DA. Le Pr Bouzid a contrebalancé cette manière de voir les choses en avançant qu’en plus des nombreux décès provoqués par le cancer de l’utérus, la prise en charge d’un patient revient approximativement à 2,5 millions de DA/an. C’est la même situation que l’on retrouve pour ce qui concerne le cancer du sein dont il est noté l’apparition de quelque 2 000 nouveaux cas chaque année. Si, comme le cancer du col de l’utérus, il n’existe pas de vaccination préventive, il est cependant possible de  dépister précocement un cancer du sein par le biais de mammographies pour obtenir de grandes possibilités de guérison des patientes.


Prévenir avant de penser à sévir

Approché par Le Jour d’Algérie, le Dr Mohamed Maïz observe que le pays vit dans un monde à risques constitués de fléaux représentant une menace perpétuelle pour ses fondements. «La problématique, dit-il, est de savoir si l’on doit se situer en aval de ces risques que l’on tentera alors de réparer dans la précipitation ou bien alors s’installer en amont, en instituant une authentique politique de prévention qui présentement fait cruellement défaut».

«Ce que l’on constate, poursuit ce praticien, c’est que nous avons pris l’habitude d’agir par à-coups et seulement lorsqu’on est confronté à des situations d’urgence. Qu’il s’agisse de maladies, de sinistres routiers, de tabagisme, de toxicomanie ou de catastrophes naturelles, l’idée, à mon sens, est de commencer sérieusement à instituer l’organisation, chaque année, de journées de prévention permettant de poser les problèmes dans toutes leurs dimensions et de cerner les meilleures solutions possibles pour les appréhender. Beaucoup de pays à travers le monde ont adopté cette manière de faire pour tenter d’endiguer certains fléaux dangereux pourquoi ne pas les imiter
Pour asseoir une politique de prévention et de sensibilisation efficace, le médecin estime d’autre part primordial de disposer d’un organisme spécialisé, doté de moyens humains conséquents, qui reste à créer. Pour asseoir les arguments développés plus haut, le Dr Maïz cite l’exemple de la toxicomanie.
«Comment ce phénomène est pris en charge ? Par la répression. Ce sont surtout les services de sécurité, la justice et, accessoirement, des services médicaux et paramédicaux qui sont aux premières lignes pour mener la lutte contre ce fléau. Le combat pourrait être beaucoup plus efficace s’il existait un organisme spécialisé au sein duquel seraient représentés des politiques, des professionnels de la santé, des membres du secteur de l’éducation nationale, des ministères de la Jeunesse et des Sports, de la Santé. Il faudrait, une fois pour toutes, en finir avec la police qui réprime et la santé qui soigne pour aller vers une politique de concertation et d’actions ordonnées». «Je suis par ailleurs sidéré lorsque j’apprends qu’un enfant âgé de 12 ans et qu’un autre de 15 ans ont mis fin à leurs jours, à quelques semaines d’intervalle, sans que l’on ait pu, à l’école, au sein de leurs familles, parmi leurs camarades, déceler les signes avant-coureurs qui auraient évité qu’ils passent à l’acte ultime. Il est regrettable qu’en dépit de nombreuses situations auxquelles nous avons été confrontés, nous n’ayons pas encore assimilé les réflexes, la mentalité, la culture qui puissent nous permettre de les prévenir. Je considère qu’aux lieu et place de la répression, les services de sécurité dans leur ensemble ont un rôle considérable à jouer pour prévenir la violence sous toutes ses formes en encadrant les jeunes et en développant des canaux de dialogue et d’écoute dans leur direction».


Les pouvoirs publics n’ont rien compris

A un moment, lorsqu’il était à la tête du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem avait déclaré ne pas comprendre pourquoi de jeunes Algériens décidaient à un moment de se mettre dans la peau de harraga pour tenter de quitter clandestinement le pays. Des responsables politiques ont, d’autre part, cru ingénument qu’en s’attachant à régler l’épineux problème du chômage affectant de larges pans de la population juvénile, on pourrait du même coup venir à bout de cette calamité qui emporte chaque année vers le fond de l’océan de nombreuses vies humaines. De la même manière, ils ont pensé qu’une lutte sans merci menée contre les trafiquants de drogue, en tarissant l’offre de narcotiques, contribuerait du même coup à diminuer la population des toxicomanes. On peut, à cet effet, citer l’exemple de la consommation de boissons alcoolisées vis-à-vis de laquelle des âmes bien pensantes ont cru avoir découvert le remède imparable tout simplement en appelant à augmenter le prix de ces dernières. Le résultat est que les mordus de la dive bouteille se sont mis, pour certains, à consommer de l’alcool frelaté ou bien se sont reconvertis dans l’abus de  drogues de diverses natures. On a, en somme, cru guérir un mal mais on l’a, sans le vouloir, remplacé par un autre autrement plus pernicieux.

Un sociologue, Fillali Redouane, estime que si certains phénomènes malheureux, à l’exemple de la consommation de drogue, des suicides, des tentatives d’émigration clandestine ou bien encore de l’exacerbation de la violence continuent de perdurer et de se développer, c’est parce qu’en général les pouvoirs publics n’ont pas tenté d’en saisir les raisons fondamentales qui en sont à l’origine. «On ne décide pas comme ça, un jour, de mettre un terme à son existence ou bien de fuir son pays sans raison. Ces situations sont en réalité autant d’appels au secours que l’on ne veut pas entendre parce que l’on considère, quelque part, qu’il n’existe pas de solutions pour les endiguer». A propos de l’augmentation du nombre de suicides, «un phénomène rarissime par le passé», M. Fillali s’interroge, par exemple, sur les raisons qui empêchent de multiplier le nombre de cellules d’écoute par le biais du téléphone ainsi que celles des structures d’accompagnement psychologique pour les personnes désirant confier leur détresse. Qu’il s’agisse de prévenir la toxicomanie, l’émigration clandestine ou les suicides, ce spécialiste estime qu’il reste possible, «dans une large mesure», de leur trouver des solutions pour les éviter dans une très large mesure. «Pour cela, dit-il, il faut penser à redonner de l’espoir aux personnes tentées d’utiliser ces moyens extrêmes pour fuir leur stress. Si on ne peut raisonnablement, sur un court laps de temps, procurer de l’emploi ou du logement à tous les Algériens, une demande toute légitime, il est possible de mettre en place des mécanismes qui leur permettent d’espérer des perspectives meilleures. En plus de la multiplication de petits chantiers de travail, il est indispensable que soient notamment développées à leur intention et sur une vaste échelle les activités de loisirs sous diverses formes, il en existe une multitude. On a tendance, en effet, à oublier que l’ennui peut être à la source de toutes les dérives, de toutes les tentations pouvant conduire aux situations les plus extrêmes».
(Jour d'Algérie - 21 mai 2009)

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