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Le blog de Samir Ould Ali

L'ouverture économique, l'informel et la distribution

20 Mai 2009 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Revue de Presse

Les mises au point du ministère du Commerce

«Il est vrai qu'on n'a pas bénéficié des avantages de l'accord d'association mais la faute nous incombe», a déclaré le ministre du Commerce devant un parterre d'hommes d'affaires. C'était lundi dernier à l'hôtel Hilton d'Alger que le Forum des chefs d'entreprises (FCE) a ouvert le débat sur trois problématiques liées à l'ouverture économique, l'informel et la distribution. Interpellé par les nombreuses accusations de défaillance, d'inefficience et d'incompétence portées par le patronat à l'adresse des pouvoirs publics, le ministre du Commerce a tenté d'en justifier certaines et d'en récuser beaucoup d'autres. «Je suis tenté de dire qu'on va donner à chaque fabricant un verrou », a-t-il commencé par dire tout en s'interrogeant : «Doit-on alors revenir à l'autarcie ou bien continuer l'ouverture de notre économie ?». Le 1er septembre 2005, date d'entrée en vigueur de l'accord d'association Algérie-Union européenne, «il y avait une alerte au niveau de toutes les entreprises qui pensaient que par cette ouverture, elles allaient toutes fermer», rappelle El-Hachemi Djaâboub. Mais, a-t-il dit, «nous avons eu 2005, 2006, 2007, 2008 et nous sommes en 2009, et il n'y a rien eu !». Il reconnaît alors : «C'est vrai qu'on n'a pas bénéficié des avantages de l'accord d'association, mais la faute nous incombe !» Il interroge : «Sommes-nous compétitifs ?». Sans répondre à la question, le ministre enchaîne : «On doit travailler en vases communicants et voir ce qui ne va pas ».
Aux hommes d'affaires qui estiment que l'accord de libre-échange avec les pays arabes est «une mauvaise option», le ministre du Commerce explique : «Les 22 pays arabes réunis exportent vers l'Algérie un milliard de dollars. Pour cette année, on a enregistré 3 milliards de dollars. Ceci n'est pas parce que les exportations ont augmenté mais parce que nos compatriotes trichaient en sous-facturant les marchandises pour échapper au paiement des droits de douane». Il précise d'ailleurs que «sur les 22 pays arabes, il n'y en a que 6 qui peuvent exporter vers l'Algérie, les autres sont des marchés potentiels pour l'Algérie.»
A propos du volume global des importations de l'Algérie, Djaâboub affirme que «sur les 39 milliards de dollars d'importation que nous avons eus en 2008, les deux tiers sont utiles pour la République, (pour l'autoroute, les logements, les chemins de fer...). Par exemple, si nous sommes habitués à importer chaque année pour 500 millions de dollars de rond à béton, nous en avions importé le triple l'année dernière». Il s'exclame : «Je serais fier de voir la concurrence s'installer entre les constructeurs étrangers en Algérie !». Il ajoutera que «si la Chine a pris la part de marché d'autres partenaires historiques de l'Algérie, ce n'est pas la faute à l'Algérie !».

«Si on arrête l'exportation des déchets ferreux et non ferreux...»
A propos des multiples dysfonctionnements de l'économie et du commerce que le FCE a mis sur la table à travers les études qu'il a élaborées, le ministre se contentera de répondre que «l'ouverture ne date que d'hier et 90% sinon 100% des matières premières et intrants sont importés !». Il rappellera à cet effet que «nous avons d'ailleurs des problèmes avec l'OMC à propos des aides ou subventions que l'Etat accorde aux importations. Nous avons trouvé le moyen de contourner le problème en aidant nos producteurs à aller dans les foires internationales pour faire connaître leurs produits». Il ira sur un autre chapitre pour soutenir que «si on arrête l'exportation des déchets ferreux et non ferreux qui rapportent chaque année 200 millions de dollars, ce volume de revenus va chuter et, avec, celui global des exportations, d'autant que ces déchets sont tous des dérivés du pétrole».
Le ministre explique à ceux qui pointent un doigt accusateur sur le contrôle de l'Etat que «nous avons 15 agents pour contrôler l'ensemble des importations sur Alger. C'est très peu ! Nous pensons recruter durant ce quinquennat 7.000 universitaires pour essayer de pallier cette insuffisance de contrôle ».
Il se prononcera aussi sur le dépôt légal des comptes sociaux par les opérateurs économiques auprès du Centre national du registre du commerce (CNRC) et affirmera que «c'est réglé !». «En plus, on a recruté 48.000 universitaires que nous avons injectés au niveau local». Il annoncera la tenue d'une journée (ndlr, aujourd'hui) sur le dépôt légal des comptes sociaux, une autre (ndlr, dimanche) sur la contrefaçon de la pièce de rechange, en plus d'une rencontre la semaine prochaine sur le marché informel. «Nous sommes déterminés à aller en guerre contre cela parce qu'on doit honorer nos engagements, protéger nos citoyens et organiser la concurrence», dira-t-il. Il estime impératif «de mettre en place un mécanisme pour lutter contre la contrefaçon et l'informel. Et ce n'est pas le gourdin !».
Il annoncera alors «la construction de plus d'un millier de marchés de proximité et marchés couverts pour insérer dans le circuit informel tous ces commerçants!». Nous apprendrons au passage que le ministre du Commerce présentera la semaine prochaine au gouvernement un dossier sur l'informel.

«L'ouverture a été réclamée par tous !»
Avant Djaâboub, c'est son responsable des activités commerciales, Ouali Yahiaoui, qui avait en quelques phrases remis en cause le contenu des études du FCE. «On veut jeter le bébé avec l'eau du bain ! Il faut rappeler que l'ouverture du marché a été réclamée presque par tous. Dans le temps, le groupe Redman (ndlr, de Réda Hamiani) se bagarrait pour avoir un morceau de popeline (...). Je peux parler du groupe Othmani et de ses difficultés avant l'ouverture. On avait aussi jeté l'anathème sur le monopole qui avait ses dysfonctionnements mais aussi ses côtés positifs. L'ouverture, il faut l'assumer dans les deux sens ! », lancera-t-il en vrac.
Il donnera ses propres chiffres des importations pour l'année 2008 : 34% d'importation de biens d'équipements, 30% d'outils de production, ce qui donne, dit-il, «64% de la création de richesses. En plus, notre dépendance en biens alimentaires est établie à 60%».
Les données statistiques avancées par le FCE sont, selon lui, totalement dépassées. «Elles datent de 1998», nous dirons des responsables d'institutions. «Je suis étonné qu'un document pareil soit élaboré sans que le ministère du Commerce ne soit interviewé. Vous donnez 33.000 importateurs, c'est un chiffre largement dépassé, il y en a 23.500 uniquement et 1.600 entreprises étrangères qui activent dans la sphère commerciale», affirme le responsable du ministère du Commerce.
Assis à la tribune, le représentant de l'Office national des statistiques (ONS) n'apportera pas la contradiction, ni aux uns ni aux autres. Il se contentera de dire que «30% du volume d'importation pour l'Algérie, pour les voisins, ce sont des niveaux bien plus élevés». Yahiaoui demande aussi au FCE de «corriger certains concepts comme le contrôle des prix, compte tenu des mécanismes du marché de l'offre et de la demande où les prix sont libres, exceptés le lait, le pain et les semoules que l'Etat continue de subventionner».
Mais il reconnaît qu'«il faut intensifier les contrôles, exercer des pressions pour que les registres de commerce soient conformes et adaptés, établir la traçabilité de la marchandise, obliger à l'affichage des prix et opérer des contrôles sur la conformité des produits». Mais, fait-il remarquer, «dire que nous sommes absents, les données sont là ! En 2008, avec 5.000 agents, les services du ministère du Commerce ont opéré 900.000 interventions, relevé 180.000 infractions, porté en justice 162.000 affaires, fermé 12.000 commerces et bloqué 8 milliards de marchandises importées ».
Maâlam interviendra, lui au nom des Douanes algériennes, en précisant que l'invitation du FCE n'a été transmise à son administration que quelques heures avant la tenue de la rencontre. «On n'a pas eu le temps de préparer notre intervention», notera-t-il. Il commence par reconnaître qu'«il n'y a pas absence mais insuffisance de contrôle. La contrefaçon n'est pas propre à l'Algérie mais est de dimension internationale». Il avouera aussi que «l'administration ne peut pas agir devant la complexité de l'environnement et sa difficulté». Parmi les mesures prises par la douane pour atténuer l'ampleur des dégâts, Maâlam citera «l'établissement de la traçabilité des marchandises importées et l'identification du mandat des commissionnaires en douane dont le corps a été assaini récemment». Il revient à la contrefaçon pour «lancer un appel aux titulaires des marques (qui) doivent eux-mêmes s'impliquer davantage. L'administration n'est pas outillée pour lutter contre. La situation est vraiment complexe, la douane ne peut pas le faire seule ».
(Quotidien d'Oran - 20 mai 2009)
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