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Le blog de Samir Ould Ali

Dans les coulisses de Il Florilegio

17 Mai 2009 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Oran

La campagne médiatique n’a pas encore été lancée en ce vendredi que, déjà, la majorité des Oranais sont au courant : Il Florilegio se réinstalle en face du Parc d’attractions. Plus encore que les affiches, la télévision, la radio ou les journaux, le bouche à oreille fonctionne à merveille : «Il ouvrira lundi prochain», nous renseigne un garçon debout devant l’entrée en installation du cirque, les yeux rivés sur le responsable de sécurité qui finit de dresser une multitude de barrières. «C’est le même homme qui s’est occupé de la sécurité en janvier 2006, indique Isabelle Gillier, directrice adjointe du Cirque Amar, entreprise organisatrice. Nous avons pratiquement repris le même personnel que l’année dernière : les caissières, les agents de sécurité, des cadres dans l’administration… En tout une quarantaine d’algériens avec lesquels nous avons travaillé, et bien travaillé, la première fois.»
La première fois, c’était en janvier de l’année passée, lorsque Il Florilegio avait dressé son chapiteau pour deux mois de représentations dans une ville qui n’avait plus connu de cirque depuis une vingtaine d’années, et dont la catégorie jeune ne soupçonnait toute la magie qu’à travers les émissions de télévision. «A l’issue de notre tournée en Algérie (pendant près de dix mois le cirque avait parcouru 13 wilayate, Ndr), nous avons réalisé 400.000 entrées, dont 23.000 que nous avons gracieusement offert aux enfants défavorisés ou malades», souligne Isabelle Gillier en indiquant qu’en collaboration avec différentes structures étatiques, cette année encore, un certain nombre de places seront offerts aux enfants défavorisés. «Nous sommes toujours  heureux d’offrir aux oranais un peu de rêve et de magie.»
A l’intérieur du chapiteau rouge, dans cet espace qui semble curieusement exigu, artistes et techniciens donnent la dernière touche aux installations qui vont servir à la trentaine de numéros qui seront présentés au public. «Cela peut sembler petit mais ce chapiteau peut accueillir 2.000 personnes et toutes les conditions sont réunies pour assurer la sécurité des spectateurs et des artistes» rassure en souriant Isabelle Gillier. D’ailleurs, pendant la tournée de l’année passée, aucun accident n’avait été signalé «si ce n’est qu’un des artistes s’est cassé la jambe», lance une collaboratrice d’Isabelle Gillier en haussant les épaules. A l’évidence, une jambe brisée quand on risque pratiquement sa vie, ce n’est pas cher pays dans l’univers du cirque : «Il y a ici, confirme la directrice adjointe, quelques numéros très dangereux et les artistes risquent rien de moins que leur vie. Alors, il est vrai que nous avons tout intérêt à ne rien laisser au hasard.»
Parmi ceux-ci, le Globe aux motos, une sphère accrochée au dessus de la tête des téléspectateurs, dans laquelle des motards, lancés à toutes vitesse sur leurs machines, foncent et se croisent dans un  exercice de haute précision. On devine que la moindre erreur d’exécution ou d’appréciation peut se payer très cher. «L’année dernière, ils étaient quatre motards, cette fois-ci, ils seront cinq» indique notre interlocutrice, visiblement elle-même étonnée par «la folie de ces sud-américains», des colombiens qui ont la réputation d’exécuter des exercices à donner le frisson. «Mais jusqu’ici, aucun accident n’a été signalé. Et d’ailleurs, ces numéros sont continuellement travaillés, des heures et des heures durant», se rassure Isabelle Gillier. L’autre numéro à sensation forte, la roue de la mort, un cylindre situé à environ 8 mètres du sol, autour duquel gravite un acrobate… sans filet : «Là aussi, l’exercice est périlleux mais les acrobates sont dans un état de concentration permanant et répètent inlassablement.»
Autour de ces deux numéros-phares, très spectaculaires, la représentation d’une durée de deux heures avec un entracte d’un quart d’heure, alternera entre des numéros de comiques, de jonglage (notamment avec une troupe algérienne venue de Batna), de voltige, de trapèze, d’animaux…. «Une véritable féerie qui se déroule à quelques petits mètres des spectateurs», résume Isabelle Gillier, les yeux brillants.
L’une des nouveautés, cette année, est sans doute l’arrivée de sept alligators dont on ne doute pas qu’ils constitueront un motif de fascination pour les spectateurs. Ces reptiles dont il n’existe que deux espèces (l'alligator du Mississippi aux Etats-Unis, et du bassin Yang-tseu-kiang, en Chine) ont été déclarées espèce menacée en 1967 après qu’il fut établi qu’ils étaient en voie de disparition parce que chassés par l’Homme pour le sport ou leur cuir. Installés dans des bacs à eau disposés derrière le chapiteau, les sept alligators impressionnent par leur calme et leur froideur: «Nous allons mettre des écriteaux dans les deux langues pour avertir du danger que représentent ces bêtes», indique notre guide. Et lorsqu’on sait que les alligators ont la réputation de s’attaquer à l’Homme, on prend toute la mesure du danger encouru par leur dresseur…
Un peu plus loin, dans de petits aquariums disposés en étages, d’autres animaux à faire frémir : des pythons enroulés sur eux-mêmes, dont on a du mal à croire qu’ils peuvent parfois atteindre les dix mètres de taille et peser 140 kilogrammes. Selon les scientifiques, il existe en 20 et 25 espèces de pythons, qui se retrouvent dans les régions tropicales et subtropicales  d’Afrique, d’Asie, d’Australie et des îles de l’océan pacifique. Non venimeux, ces descendants des lézards tuent par constriction, en enroulant leur puissant corps autour de leur proie jusqu’à l’étouffement : «Autrement, et hormis un nouvel hippopotame, nous avons les animaux habituels : des chevaux, des poneys, des zèbres, des tigres et des lions, dont deux acquis auprès du zoo de Sétif.»
Il Floriregio di Darix Togni - création de Livio, Corrado et Davio Togni, fils du légendaire Daric - tient ses origines lointaines de Franconi, un aïeul dompteur qui a vécu dans le courant des années 1700 : «Je ne crois pas exagérer en affirmant que c’est Franconi qui a été à l’origine du cirque traditionnel. Depuis, la passion s’est transmise de père en fils, à travers six générations, pour nous parvenir ici, intacte et toujours aussi dévorante», nous avait assuré Steve, l’un des deux patrons de la troupe, lors du passage du cirque, l’an dernier. Une passion si dévorante, d’ailleurs, que malgré quelques morts et de très nombreuses blessures, Il Floriregio continue de se «promener» dans le monde pour donner le sourire et répandre la magie du cirque. «Un cirque décalé et en marge des autres, précise encore Isabelle Gillier, qui n’a rien à voir avec le show à l’américaine ou le music hall.»
Un spectacle forain vagabond qui bringuebalait ses roulottes sur les chemins de terre, avec tout ce que cela évoque de magie et de poésie. Et c’est ce qui fait, souligne un site web qui lui est consacré, l’originalité de ce crique. Plus que jamais, Il Florilegio se veut fidèle à sa spécificité : l’âme bohème, l’esprit gitan.
 

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