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Le blog de Samir Ould Ali

Rachid Boudjedra «s’explique» à Sidi Bel-Abbès

6 Mai 2009 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Revue de Presse

L’auditorium de l’université Djillali Liabès de Sidi Bel-Abbès, présidé par le recteur, Nacer Tou, aura abrité une rencontre littéraire où Rachid Boudjedra s’est expliqué sur son parcours d’écrivain.

Mais aussi en qualité d’algérien ayant traversé tous les chaos d’un univers éclaté, dominé par le complexe du colonisé dont il dira «qu’il reste le mal central». Et qu’il faudrait une catharsis pour se libérer d’un carcan culturel et aboutir à ses propres aspirations d’un pays indépendant. Devant un parterre d’universitaires, l’auteur de «L’insolation» placera au départ, Kateb Yacine comme référent et aussi celui qui l’inspirera d’abord par le bouleversement de la forme romanesque utilisé dans «Nedjma». Une sorte de rupture poétique et esthétique avec la tradition du roman classique, que ce soit chez Mouloud Feraoun ou Mohamed Dib, date aussi qui correspond au déclenchement de la libération et du rejet du colonialisme.

«Je n’ai jamais considéré que l’identité soit une question à mettre en avant pour s’interroger sur son histoire. Elle est plutôt un ingrédient qui pousse un romancier à plonger dans une dimension métaphysique». Il dira en substance que la littérature algérienne est passé par une première étape de témoignage traduite par des œuvres énergiques à l’exemple de «La grande maison», du «Fils du pauvre», de «La colline oubliée». Une étape à travers laquelle, les personnages vivent en vase clos une misère morale et matérielle face au mur européen derrière lequel les Pieds-noirs jouissent du soleil et de la générosité d’une patrie juteuse sous couvert des valeurs occidentales.
Et vient la révolte et c’est l’apparition de Nedjma au cœur d’une révolution que tout se dévoile. L’Algérie telle que ne veulent pas la voir les colonisateurs éclabousse tous les tabous. Elle revendique son être total en même temps qu’elle se livre à sa propre démystification. Pour Boudjedra, sa génération est celle qui correspond aux effets secondaires d’un cauchemar après l’éveil. Il s’agit d’introspecter, de fouiller dans ce corps chamboulé par la dure épreuve du déchirement, du déracinement et de la guerre et comment expurger les fantasmes oniriques d’une type de colonisation sublimée à outrance où la victime est l’indigène. Il n’y a pas mieux qu’une séance de psychanalyse. Il y aura «L’insolation», «La répudiation», «L’escargot entêté». Nous aurons plusieurs Boudjedra dans un seul «jeu narrateur», un nomade en errance, en quête d’une vérité intime et auquel personne ne peut en saisir la portée que si la puissance créatrice est au rendez-vous. L’intervention du public a été en deçà de l’envergure de cet auteur polémiste. Notons que la plupart n’ont pas lu les œuvres de Boudjedra, ce qui en soi démontre que la déficience de notre lectorat ne permet ni la critique littéraire ni même à l’auteur d’approfondir un dialogue. On aura toutefois senti dans l’assistance un regard différent sur Boudjedra médiatisé. L’homme est bien l’enfant de ses œuvres, bien ancrés dans ses fantômes et son écriture turbulente. La vente dédicace sobre et sympathique clôturera cet après-midi proustien de «A la recherche du temps perdu», version Boudjedra.
(Voix de l'Oranie - 06 mai 2009)

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