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Le blog de Samir Ould Ali

Oran : Cinq ans de prison pour avoir menacé le consulat de France au nom de Daesh

8 Avril 2017 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Justice, #Oran, #Terrorisme, #Tribunal criminel

Jaloux de son voisin qui a obtenu un visa que le consulat de France à Oran lui refusait, A. M Abderrahim décide de recourir aux plus dangereux des subterfuges pour assouvir sa soif de vengeance. Il endosse l’habit du combattant ou sympathisant du sinistre Daesh pour envoyer à l’adjointe du consul, R.M Bernadette, des messages électroniques insultants et grossiers : «France de m…», «Consulat de m…», «Au nom de Daesh, nous allons vous massacrer», sont quelques-uns des emails que l’informaticien aigri a transmis à la responsable consulaire en février 2016 allant jusqu’à proférer des menaces d’attentat contre le championnat d’Europe de football qui devait se tenir du 10 juin au 10 juillet. Et pour que sa vengeance ait un sens, il doit incriminer R. Bahri, le voisin qui avait obtenu le précieux visa et déclenché en lui cette crise de jalousie. Etant gérant d’un cybercafé que Bahri fréquentait, il lui fut facile d’utiliser son adresse mail pour l’envoi des messages en question.

Lorsque R.M Bernadette reçoit des images de l’étendard noir de Daesh et d’un corps décapité, les responsables du Consulat se sentent menacés et décident de porter plainte. Une enquête est ouverte. Naturellement, R. Bahri est immédiatement interrogé, les mails ayant été envoyés depuis son propre compte. Le jeune homme nie être l’auteur des courriels et signale  avoir confié à Abderrahim son adresse mail afin qu’il envoie une demande de rendez-vous pour un visa. Lorsque le gérant du cybercafé d’El Kerma (c’est l’adresse IP de son ordinateur qui apparaît à l’enquête) est questionné par la police, il avoue avoir envoyé les messages mais rejette une quelconque appartenance au groupe terroriste d’Abou Bakr al-Baghdadi : «Je l’ai fait par jalousie. Le Consulat a accordé plusieurs visas à Bahri et a rejeté ma demande. J’étais furieux», expliquera-t-il aux enquêteurs qui, en perquisitionnant sa boutique et son domicile, ne trouveront aucun indice laissant supposer une appartenance à un quelconque groupe terroriste. Il sera néanmoins arrêté en mars et inculpé pour apologie du terrorisme, selon l’article 84, alinéa 4, du Code pénal, et de menaces, suivant l’article 284 du même code.

Lors du procès, ce jeudi 6 avril 2017, A.M Abderrahim a réaffirmé que son intention n’était pas criminelle ni terroriste : «Je voulais juste me venger de Bahri et du Consulat», a-t-il répété en jurant n’avoir aucune espèce de lien avec un quelconque nébuleuse terroriste, encore moins avec Daesh.

Dans sa plaidoirie, l’avocat de R.M Bernadette et du Consulat de France qui se sont portés partie civile, a mis en exergue les répercussions que pareils actes portent aux efforts de l’Algérie pour améliorer son image au plan international. Affirmant qu’il y a eu un préjudice moral important, il a réclamé le dinar symbolique au titre de dédommagement.

Le représentant du ministère public s’est lui contenté de déplorer que de tels agissements portent atteinte à l’Islam et requis dix ans de réclusion criminelle.

Plus loquace, l’avocat de A.M Abderrahim a adjuré la cour de remettre les choses à leur place et de ne pas voir de mal là où il n’y en a pas : «Le dossier de l’accusation n’a apporté aucun élément de preuve constituant l’accusation d’apologie du terrorisme. Aucune connexion avec Daesh n’a été détectée, la perquisition n’a permis de découvrir aucun document, aucune vidéo qui montrerait une quelconque inclination de notre client à une activité terroriste», a-t-il asséné en affirmant que Abderrahim ne présente pas de danger pour la société. Déployant son argumentaire, l’avocat rappellera que son client a envoyé les mails depuis son propre ordinateur, à partir de son propre cybercafé: «Ce que ne ferait pas une personne mue par de véritables intentions criminelles», a-t-il conclu en plaidant l’acquittement de son écervelé de client du chef d’accusation d’apologie de terrorisme et en réclamant les circonstances atténuantes les plus larges.

Après délibérations, la cour condamnera A.M Abderrahim à cinq de prison ferme.

S. Ould Ali

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