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Le blog de Samir Ould Ali

Oran : 12 ans de réclusion pour avoir fomenté des attentats contre des Russes et Santa Cruz

11 Avril 2017 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Justice, #Oran, #Terrorisme, #Tribunal criminel

Lundi 10 avril, quatre personnes ont été condamnées par le tribunal criminel d’Oran à 12 années de réclusion criminelle pour des faits de terrorisme qui remontent à mars 2016. Un cinquième accusé a écopé de cinq années de prison pour apologie du terrorisme.

Selon l’accusation, M. Fethi, N. Khaled, F. Mohamed Azzeddine et L. Rachid se préparaient à attenter à la vie de ressortissants russes et à exécuter un attentat contre le site historique de Santa Cruz. B. Abdelwahib, en contact avec certains d’entre eux, avait encouragé cette entreprise subversive. Le tout avec la bénédiction du sinistre Daesh, en Syrie, où au moins deux des accusés avaient tenté de se rendre.

Activités suspectes

D’après les faits consignés dans l’arrêt de renvoi, l’affaire a démarré quand les services de lutte antiterroriste d’Oran ont reçu des informations faisant état d’activités suspectes d’un certain nombre d’individus, inconnus des services, qui mettraient en place une attaque armée contre des «Russes ayant l’habitude de se rendre dans les débits de boissons situé au boulevard Charlemagne» et un attentat ciblant de site touristique de Santa Cruz, sur les hauteurs du Murdjadjo, Après investigation, les enquêteurs interpellent N. Fethi, 31 ans, peintre de son état, mais aussi raqi. Au cours de l’interrogatoire, il avoue avoir voulu se rendre en Syrie pour adhérer à la nébuleuse d’El Baghdadi, confirme la préparation des deux attentats sur le territoire oranais et livre certain noms de présumés complices. L. Rachid, 36 ans, gérant d’un café boulevard Charlemagne (actuellement Djouadi Abderrahmane), F. Mohamed Azzeddine, 35 ans, chauffeur de taxi de son étant, N. Khaled, 38 ans, gérant du PME spécialisée dans menuiserie aluminium, et B. Abdelwahib, chauffeur de taxi de 54 ans, sont à leur tour interpellés par les services de sécurité qui les interrogent sur leur appartenance présumée à un groupe terroriste, la volonté de certains d’adhérer à Daesh et la préparation des attentats du boulevard Charlemagne et Santa Cruz. Tous reconnaissent les faits qui leur sont reprochés, selon l’arrêt de renvoi.

Aveux et perquisitions

Des perquisitions sont opérées dans les domiciles des suspects, qui permettent de mettre la main sur des P.C, tablettes et téléphones dont les mémoires renferment des documents vidéo ou audio à caractère subversif et des images montrant des terroristes de Daesh et son étendard noir. Dans la mémoire du téléphone de L. Rachid, les enquêteurs tombent sur 12 photos de présumés Russes se trouvant au boulevard Charlemagne. Les investigations permettent, par ailleurs, de découvrir que F. Mohamed Azzeddine s’est rendu, par deux fois, en Turquie et qu’il a été arrêté par la sécurité de ce pays pour tentative de pénétration en Syrie. Fort des aveux obtenus par les services de sécurité auprès des suspects (dont ils se rétracteront pourtant lors de leur présentation au juge d’instruction) et des preuves matérielles découvertes en leur possession, le parquet décide d’inculper M. Fethi, N. Khaled, F. Mohamed Azzeddine et L. Rachid pour les chefs d’accusation d’actes terroristes suivant les articles 87 (alinéas 1, 2, 3,4 et 5) du code pénal et B. Abdelwahib pour apologie de terrorisme selon l’article 87, alinéa 4.

«Preuves fabriquées», dénoncent les accusés 

A l’audience, tous les accusés rejettent les charges qui pèsent sur leurs épaules et dénoncent les intimidations, la violence morale et, parfois, les coups auxquels ils disent avoir été soumis par les services de sécurité : «La grande majorité des déclarations portées sur les P.V portant ma signature et mon empreintes sont fausses. Les preuves matérielles ont été fabriquées pour m’incriminer», a soutenu chacun des cinq inculpés à la barre. L’arrestation de Mohamed Azzeddine en Turquie ? «J’ai eu un accrochage avec un Turc dans un parc. J’ai donc été interpellé et interrogé. Mais je n’ai jamais tenté de traverser la frontière», expliquera le concerné. Les 12 photos des présumés Russes au boulevard Charlemagne ? «Je voulais tester mon nouveau téléphone et me rassurer sur la qualité des images», a justifié L. Rachid. La préparation des attentats du Bd Charlemagne et de Santa Cruz ? «Une invention des services de sécurité», ont-ils rétorqué.

Le ministère public requiert la perpétuité

Dans son réquisitoire, le substitut du procureur s’appuiera sur les aveux des accusés, les preuves matérielles trouvées sur eux ou dans leurs domiciles pour requérir la perpétuité à l’encontre des quatre premiers accusés et 15 ans contre B. Abdewahib : «Les faits sont extrêmement graves, ils visaient la sécurité nationale et les intérêts de la Russie en Algérie. Les accusés peuvent bien nier mais le dossier d’accusation recèle suffisamment de preuves accablantes», a-t-il notamment affirmé en soulignant que les cinq inculpés répondaient à des «pseudonymes à consonance islamiste» comme Abou Hadjar el Ouahrani (Fethi) ou Abou Oussama (Rachid), et certains étaient en contact avec des terroristes à l’étranger et sur le territoire national.

Allégations de torture

Pour les avocats de la défense, l’expérience a démontré que la préparation d’attentats exige des moyens matériels et humains autrement plus importants que ce qui est consigné dans le dossier d’accusation. «Où sont les plans qui prouvent la mise en place des mécanismes d’un attentat ? Où sont les listings des appels téléphoniques qui établissent les liens entre les accusés et leur connexion avec Daesh ou un quelconque autre groupe terroriste ?», s’est demandé un avocat alors qu’un confrère a basé sa plaidoirie sur «la torture subie» par les accusés : «Nous savons tous que, partout, les services de sécurité ont recours à des méthodes musclées pour arracher des aveux, surtout lorsqu’il est question de terrorisme».

La dizaine d’avocats qui se sont succédé au prétoire ont tous dénoncé la légèreté du dossier d’accusation qui maintient les accusés (dont N. Khlaed qui souffre d’un cancer) en prison depuis mars 2016.

S. Ould Ali

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