Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Samir Ould Ali

Oran : 18 ans de prison pour le père assassin

15 Novembre 2016 , Rédigé par Samir Ould Ali Publié dans #Justice, #Oran, #Tribunal criminel

Rarement des faits rapportés dans un procès pour meurtre n’ont été aussi violents que ceux jugés, lundi dernier par la cour criminel d’Oran, dans le cadre de l’assassinat d’une jeune fille par son propre père. Par son acharnement contre sa fille autant que par l’absence manifeste de regrets au cours de l’audience, le père-assassin a confirmé qu’entre l’homme et l’animal, la frontière peut parfois être très mince, voire inexistante.
Cela s’est passé en décembre 2015, à Mers El Hadjadj (localité balnéaire située à mi-chemin entre Oran et Mostaganem) lorsque A. Laïd, 47 ans, divorcé, a entrepris de battre sa fille Sara, 18 ans, pour la punir de sa tentative de fuguer : « Il a commencé à la frapper avec un bout de bois à partir de 15h00 et il ne s’est arrêté qu’aux environs de 20h00 lorsqu’il a constaté qu’elle était morte » a témoigné Khaoula, sœur de Sara, devant la gendarmerie. « Quand il était fatigué de frapper, il se reposait un peu avant de reprendre le bâton… Un moment donné, il soulevé ma sœur du sol, à l’aide du bâton coincé sous sa gorge », a continué le témoin en ajoutant que son père criait : « Soit je te tue, ou je t’envoie à l’hôpital ! ».
Plus tard, le médecin légiste établira que la victime est morte des suites de 22 coups reçus à travers tout de son corps.
Lorsqu’après avoir vainement tenté de la réanimer, Laïd réalise que sa fille est morte, il ordonne à Khaoula de la laver avec l’intention évidente d’enterrer le corps dans la cour de la maison. Et quand, en revenant du travail ce soir-là, le frère demande des nouvelles de Sara, son père lui rétorque qu’elle a pris des médicaments, qu’elle est très malade.
Le lendemain, Laïd vend le téléviseur et loue un taxi pour se rendre à Fornaka, dans la wilaya de Mostaganem, pour chercher sa sœur et sa nièce. Seule celle-ci, Nora, consent à accompagner son oncle à Mers El Hadjadj où elle accompagne sa cousine Khaoula porter dans le voisinage la nouvelle de la mort de Sara. La gendarmerie qui est informée arrive sur les lieux et constate que la mort n’était manifestement pas naturelle. Une enquête est alors lancée, qui déterminera que Sara a été battue à mort par son propre père.
Laïd ne fera, du reste, aucune difficulté pour reconnaître les faits qui lui sont reprochés en justifiant son comportement par l’attitude de sa fille qui avait maille à partir avec la justice et la police.
Comparaissant lundi pour meurtre avec préméditation, le prévenu maintiendra ses aveux mais n’exprimera aucun regret ni repentir. Il tentera vaguement de justifier son geste par la « conduite dissolue » de sa fille Sara qui « fuguait tout le temps et avait des problèmes avec la police et la justice ».
Dans son réquisitoire, le ministère public réclame la peine de mort pour le père assassin « qu’aucun remord ne semble tarauder ». Il le dépeindra comme un être monstrueux qui s’est acharné pendant quatre heures sur sa fille « se reposant quand il était fatigué », qui n’a pas perdu son sang-froid devant son fils et qui aurait, sans doute, fini par enterrer le corps dans la cour de la maison ». Pour brosser un tableau plus complet de la personnalité du prévenu, le magistrat ajoutera que Laïd a déjà été condamné pour coups et blessures, poursuivi pour attentat à la pudeur et également pour violences sur ascendant.
L’avocat de la défense (désigné juste avant l’audience dans le cadre de l’assistance juridique, il aura eu à peine le temps de prendre connaissance de l’arrêt de renvoi) tentera, sans conviction, de baser sa plaidoirie sur la « vie dissolue » de la victime, qui était source de problèmes pour son père. Il demandera les circonstances atténuantes.
Avant de lever l’audience pour rentrer en délibérations, le président d’audience exhibera à l’adresse de l’accusé un certificat de virginité démontrant que Sara est morte pure.
Laïd sera finalement condamné à 18 ans de réclusion criminelle.
 
S. Ould Ali

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article