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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 14:58

Dans le tumulte de l’actualité nationale et internationale, on ne semble pas accorder beaucoup d’importance au fait que des journalistes aient été interpellés samedi dernier à Oran, embarqués comme des malpropres dans les paniers à salade, pour certains promenés à travers la ville à la recherche d’un commissariat pas trop encombré, interrogés par des policiers souriants et puis remis en liberté. Ce qui leur était reproché ? S’être rendu sur la place du 1er novembre pour couvrir la marche organisée par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie, autrement dit d’être allé travailler. Ils avaient beau exhiber cartes de presse ou ordres de missions, rien n’y fit : «Nous avons reçu l’ordre d’arrêter tout le monde !!» a été la seule réponse des gardiens de l’ordre à ceux qui s’étaient étonnés de la tournure des événements. Cela pourrait paraître ahurissant pour beaucoup d’Algériens mais c’est la stricte et triste vérité : les journalistes arrêtés n’ont été coupables d’aucun des délits contenus dans le Code de l’information (écrits diffamatoires, calomnies, apologie de la race, de l’intolérance et de la violence….) ou dans tous les autres codes qui régissent la vie publique en Algérie.

Que les interpellations se soient déroulées dans de «bonnes conditions» (comme ce fut souligné par une certaine presse), que les policiers aient témoigné quelque égard à leur encontre (c’est-à-dire qu’ils n’ont pas usé de violence) et qu’ils aient été relâchés moins d’une heure après, ne change rien à la gravité de la situation : des journalistes algériens ont été arbitrairement arrêtés dans le seul but de faire avorter une manifestation de contestation. Ce qui constitue, qu’on le veuille ou non, une atteinte très grave à une professsion qui a beaucoup donné pour des lendemains meilleurs et un reniement aux sacrifices consentis par les journalistes dont - nous avons tendance à l’oublier assez souvent malheureusement - plus d’une centaine ont payé de leurs vies leur amour pour ce pays.

On peut disserter longuement (certains le font régulièrement par presse interposée) sur les visées des uns et des autres, les intentions de tel journal ou tel groupe de presse, les motivations ou la qualité des écrits de tel ou tel journaliste ; on ne peut cependant pas discuter la liberté de la presse et d’opinion qui constituent les fondements de toute démocratie : ce n’est pas pour rien qu’elles sont garanties par toutes les lois universelles et que les sociétés  développées les défendent avec acharnement.

Dans moins de deux mois, le monde commémorera le 18ème anniversaire de la liberté de la presse, ce qui offrira l’occasion d’examiner les conditions d’exercices des journalistes dans tous les pays et il fort à parier que l’Algérie ne figurera pas en bonne place.

Porter atteinte à la liberté de la presse équivaut à mettre en danger tous les acquis arrachés dans le sang depuis 1988 ; Et à terme, c’est menacer la paix sociale et la stabilité du pays.

Par Samir Ould Ali - Publié dans : Actualités
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 09:03

La Coordination nationale pour le changement et la démocratie d’Oran l’a confirmé encore hier, lors du meeting qu’elle a tenu à la salle de cinéma Saada: «Qu’elles que soient les menaces ou les formes que la répression prendra, nous sommes déterminés à lutter pour imposer le changement et la démocratie. La situation est intenable et nous n’avons pas d’autre choix si nous voulons des lendemains meilleurs», ont affirmé, en substance, les animateurs du rassemblement (deux vétérans rompus à la lutte syndicale et politique et trois jeunes néophytes, visiblement animés de la même volonté de changer la face de l’Algérie) devant un parterre composé de toutes les tendances : «Nous ne représentons pas une obédience politique et n’appartenons à aucune formation politique, a tenu à préciser Kaddour Chouicha, syndicaliste et responsable de la Ligue des droits de l’homme à Oran. Nous sommes un groupe de personnes de différents horizons que la situation algérienne ne satisfait pas et qui ne veulent plus rester, seuls dans leur coin, à ruminer contre el hogra, l’injustice ou la corruption qui poussent des citoyens à s’immoler par le feu. Si nous nous taisons aujourd’hui, personne n’aura plus le droit de se plaindre à l’avenir»¸ a expliqué l’animateur en rappelant aux présents les conditions qui ont présidé à la création de la CNCD : «Même si nous pouvons diverger sur un certain nombre de sujets, nous avons convenu de travailler ensemble sur une plateforme de revendications commune qui s’articule notamment autour de la libération des jeunes (des émeutes de janvier, Ndr), la levée de l’état d’urgence et le respects de toutes le libertés.» Evoquant le rassemblement réprimé du 12 février, Kaddour Chouicha a assuré qu’il a permis de briser le mur de la peur et démontré que le bâton ne peut rien contre la volonté et la détermination.

Insistant sur l’importance de lever l’état d’urgence, Messaoud Babadji, juriste et enseignant universitaire, a affirmé que le maintien de cette mesure d’exception depuis bientôt 20 ans n’a eu d’autre objectif que d’assurer la continuité du régime : «Toutes les lois stipulent que l’état d’urgence est une mesure d’exception transitoire qu’un gouvernement peut prendre en cas de péril imminent. Or,  depuis 1992, la situation a évolué, le péril terroriste qui menaçait la stabilité du pays et justifié l’instauration de l’état d’urgence a été écarté, la Constitution a été amendée, des élections présidentielles… Rien ne n’explique plus que les libertés demeurent ainsi restreintes», a-t-il poursuivi en rappelant que cette mesure a empêché la naissance de nouvelles organisations syndicales, muselé toutes les libertés, mis les médias lourds sous la coupe du régime qui les utilise pour rester en place, interdit les partis politiques de s’exprimer…, bref, empêché toute contestation : «Ce qui est contraire à l’Etat de droit que nous réclamons et qui explique que les Algériens soient obligés de recourir à l’émeute pour s’exprimer. Ce ne sont pas les jeunes qui sont responsables de la violence mais bien le pouvoir.»

Pour le parolier Houari et les étudiantes Nabila et Mérième, représentants de la frange jeune de la CNCD, l’amour du pays et le désir d’une vie meilleure sont les seules motivations qui les ont amenés à adhérer à la Coordination : «Je suis algérienne et fière de l’être, a résumé Mérième et je veux pouvoir étudier et vivre dignement dans mon pays.» Appelant les jeunes à prendre leurs destinées en main, les trois membres de la  CNCD ont réitéré leur détermination à lutter jusqu’au bout pour parvenir à ce changement que des millions d’autres jeunes appellent de leurs vœux.

Lors du débat qui a suivi aux cours duquel les intervenants ont exprimé leur soutien à la démarche de la CNCD et fait des propositions sur la meilleure manière de donner plus de visibilité et d’impact au mouvement, une équipe de l’ENTV a été chassée de la salle par le public : «Cela fait 50 ans que la télévision nous ment, qu’elle manipule et désinforme, s’est écrié l’un des participants. Il ne faut pas les laisser filmer parce qu’ils ne diront pas vérité.»  Encore un autre point commun sur lequel les participants se sont retrouvés en cette «journée bénie parce que nous nous rencontrons enfin pour parler», a estimé Raja, veuve  du dramaturge Abdelkader Alloula.

 

 

 

Par Samir Ould Ali - Publié dans : Actualités
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 08:58

Pour la grande majorité des Oranais, des jeunes principalement, il n’est plus besoin de se rendre dans les vidéothèques ou chez les disquaires (dont le nombre a considérablement baissé ces dix dernières années) pour faire le plein de films, de musique ou de jeux. Il suffit d’allumer son ordinateur, de se rendre sur les dizaines de sites de téléchargement et de laisser la magie d’Internet opérer. Evidemment, parfois, il faut s’armer de patience pour supporter les déconnexions intempestives ou un débit capricieux mais, dans l’ensemble, les internautes n’ont pas trop de difficultés pour télécharger l’objet de leurs désirs : «Pourquoi irai-je payer un produit que je peux télécharger tranquillement à la maison ?» s’interroge Amine, cinéphile trentenaire, dont le PC regorge de films et de musique qu’il réactualise périodiquement, notamment en en allant fouiller les disques durs de ses amis : «Et c’est rare que je ne tombe pas sur du nouveau», assure-t-il en évoquant la cinquantaine de films, tous genres confondus, qu’il avait trouvée chez l’un d’eux et qu’il s’était aussitôt empressé de copier.

  

Lecteur assidu, dévorant tout ce qui lui tombe sous la main, Rachid, quadragénaire, s’est aussi récemment mis à écumer les recoins de la Toile, copiant et téléchargeant tous les textes qui touchent à l’histoire : «J’ai dû acheter un disque dur amovible de 150 gigas parce que les 60 de mon PC ne suffisaient plus, sachant qu’Internet fourmille de documents et de dossiers passionnants, raconte-il en frémissant à l’évocation de son obsession. J’ai des dossiers allant de l’histoire de la Palestine à celle de la Chine ou du Japon, en passant par la nôtre, celle d’Israël, des Etats-Unis, du monde arabe... Comme je possède des fichiers sur diverses civilisations, sur la franc-maçonnerie, les sectes... Je ne m’en lasse pas.» Un seul hic pour Rachid, mais de taille : il n’a pas encore Internet à la maison et le cybercafé reste sa principale source de «ravitaillement»...

 

Autre témoin du rôle capital que la Toile joue dans l’animation culturelle et la satisfaction de besoins des jeunes Oranais, Mohamed, 15 ans, qui trouve ses jeux favoris sur Internet et qui, une ou deux fois par semaine, reçoit l’autorisation parentale de se rendre dans un cybercafé pour suivre, via Youtube ou Dailymotion, les péripéties tragicomiques de ces combattants de la ligue américaine de catch qui sont devenus de véritables idoles auprès de nombreux adolescents ou découvrir les derniers clips de rap : «J’achète rarement des CD de musique parce que je trouve tout ce dont j’ai envie sur Internet, affirme-t-il en indiquant que les cybercafés mettent également à la disposition des clients un certain nombre de fichiers de musique prêts à être copiés. Du raï, très en vogue auprès des jeunes, à la musique française en passant par la pop, le rock, le jazz, la techno et divers autres genres musicaux, l’internaute peut, en deux ou trois clics, copier toute la musique qu’il aime sans même avoir à la télécharger.

 

C’est ainsi qu’entre téléchargements et duplications, Salim, autre internaute amateur de bonne musique, a pu constituer un petit trésor musical qu’il conserve précieusement sur son PC : «Quand j’entre dans un cybercafé que je ne connais pas, je m’inquiète généralement de savoir quelle musique se trouve dans le poste devant lequel je m’assoie. D’une part, parce que j’aime écouter de la musique en travaillant et, d’autre part, parce que cela me permet d’étoffer ma petite collection. Et c’est grâce aux cybercafés que je possède aujourd’hui des petits bijoux de Amar Zahi, Idir, Al Jarreau, Al Di Meola, Keziah Jones, Elvis Presley, Christopher Cross et d’autres encore...» Salim reconnaît tout de même que les disquaires et les petits vendeurs constituent malgré tout une source d’approvisionnement non négligeable : «De temps en temps, quand je passe devant un disquaire, je n’hésite pas à  faire une halte, on ne sait jamais ce qu’on peut  y trouver. Je déplore, toutefois, la mauvaise qualité de certains CD...»

 

Pour tous ces internautes-témoins, la notion de téléchargement illégal reste très floue et ne les touche absolument pas. Pour eux, Internet est surtout un monde magique qui ne s’accommode d’aucune restriction, univers merveilleux où découverte et liberté restent, pour le moment du moins, les maîtres mots. 

Par Samir Ould Ali - Publié dans : Culture
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 08:54

Les réformes «globales et profondes» que les autorités algériennes ont tenté d’apporter à l’université algérienne pour la sortir des abysses de cette médiocrité, que tout le monde avait enfin reconnue dans le milieu des années 2000, n’ont pas encore abouti, certaines ayant même davantage compliqué la situation devant l’évolution constante du monde, provoquant la révolte de la communauté universitaire. Nous le voyons ainsi très régulièrement depuis plusieurs années, les enseignants enchaînent les mouvements de grève autour d’un certain nombre de problèmes liés à leurs conditions socioprofessionnelles et les étudiants n’hésitent plus à sortir dans la rue pour protester contre la confiscation de leur avenir. Tous aspirant à l’avènement d’une véritable université formatrice de compétences capables d’affronter les challenges : «La cause première de l’échec de cette réforme se trouve dans la nature même du pouvoir algérien qui préfère les notes d’orientation au dialogue et la concertation, explique-t-on du côté des enseignants. Au lieu de recommander, le ministère de l’Enseignement supérieur serait bien inspiré d’associer les enseignants et les étudiants à l’élaboration des stratégies, il y aurait plus de synergie dans le travail, une meilleure adéquation avec la réalité du terrain et surtout beaucoup moins de désillusions.»

 

Et, actualité oblige, c’est le système de licence master doctorat, mis en branle en 2003-2004, et ses incohérences qui est régulièrement désigné comme l’exemple parfait de l’échec des réformes. La rentrée universitaire de cette année a été marquée par de nombreuses manifestations de protestation, à travers plusieurs wilayas du pays, de milliers d’étudiants pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les risques du système LMD et ses désastres : «Le LMD demeure confronté, sur le terrain, à des difficultés d’ordre pédagogique, matériel, mais surtout de management. Il subsiste à ce jour des confusions notables dans l’organisation des cours, des volumes horaires, des semestres et des examens», confirme un enseignant universitaire à travers une contribution à la presse, en indiquant que «beaucoup de problèmes de manque de moyens pourraient être réglés par le biais d’une meilleure organisation : les problèmes de salles de cours, d’équipements de laboratoire, de professeurs, de produits ne seraient pas dus à un manque de moyens, mais à un défaut de managers».

 

Comme le LMD, un certain nombre d’autres difficultés sont mises à l’index par la communauté universitaire comme étant l’expression d’un ratage monumental : «Nous pouvons évoquer le départ massif des compétences vers des cieux plus cléments, ce qui a fortement contribué à la baisse de la qualité de la formation, la non-préparation des enseignants et de l’administration universitaires à cette réorganisation, l’inadéquation de la formation avec les besoins des entreprises et plus généralement de l’environnement économique du pays, qui a aggravé le taux de chômage parmi les diplômés. Les répercussions de ces réformes sont incalculables, mais malheureusement, nous n’avons pas encore marqué une pause pour en faire le bilan.»

 

Il faut cependant reconnaître que l’échec de cette réforme ne constitue pas un cas isolé : toutes les réformes (justice, administration, école…) qui ont été conduites ces dernières années connaissent sensiblement le même sort. C’est le lot des pays qui privilégient l’injonction au dialogue. 

Par Samir Ould Ali - Publié dans : Actualités
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 08:50

Lors des manifestations du 12 février, nous avons vu des jeunes se faire malmener parce qu’ils brandissaient des pancartes hostiles au pouvoir, des femmes maltraitées parce qu’elles tentaient de défendre leurs enfants, des enseignants bousculés parce qu’ils exhortaient au calme, des journalistes battus, leur carte de presse à la main… Bref, nous avons assisté à des scènes indignes d’une démocratie, que certaines télévisions étrangères amplifièrent, bien sûr, mais que notre unique préféra taire pour mieux manipuler, foulant aux pieds éthique et déontologie.

 

Peu importe, pourtant, que ces mouvements aient été massivement ou timidement suivis et la couverture que les médias nationaux ou étrangers ont assurée ; après tout, et ce n’est pas nouveau, les chiffres comme les images peuvent être manipulés au gré des tendances et des chapelles. Ce qu’il y a lieu de retenir de cette journée est que la tolérance - sans laquelle la démocratie ne peut être - n’a pas été respectée, comme n’a pas été respecté le droit - que la Constitution algérienne et toutes les lois universelles garantissent à tous les citoyens -  d’avoir une opinion différente et de l’exprimer pacifiquement sur la place publique. On peut ne pas être d’accord avec son prochain sur ses revendications, ne pas partager son opinion et sa vision de la vie et même tenter de semer le doute sur la noblesse des intentions (après tout, chacun est libre de penser ce qu’il veut), mais en aucun cas, on ne peut user de la violence, physique ou morale, pour l’empêcher de s’exprimer ; surtout si sa voix et son courage sont ses seules armes.

 

A Oran, comme partout ailleurs où les marches ont été empêchées, de nombreux jeunes ont été ébranlés par la violence de la réaction de la police à une manifestation qu’ils ont voulue pacifique et que - beaucoup le pensaient en tout cas - les plus hautes autorités avaient autorisée en n’interdisant que la marche qui était prévue à Alger : «Nous avons donné instruction de ne pas porter la moindre arme, serait-ce un coupe-ongles !» avait froidement rétorqué l’un des organisateurs de la manifestation aux officiers de police qui tentaient vainement de justifier la violence de la charge des forces de l’ordre par le souci d’éviter les débordements avec des protestataires armés.

 

Il est dommage de voir que, plutôt que d’écouter les voix de la contestation et d’ouvrir les espaces du dialogue et de l’échange, l’Etat préfère l’usage des méthodes musclées qui ont fait leur temps et montré leurs limites. Nous l’avons vu en Tunisie, nous venons de le constater en Egypte : les régimes de Carthage et du Nil n’avaient pas compris qu’on ne peut arrêter l’Histoire en marche, ils l’ont lourdement payé en vies humaines et pertes économiques. La tolérance et le débat étant les seuls moyens d’évoluer vers le meilleur et d’éviter le pire, l’Algérie a, aujourd’hui, une chance unique (qui ne se représentera peut-être pas) d’entrer dans l’Histoire en ouvrant les portes du dialogue. Reste à savoir si elle en a le courage. 

Par Samir Ould Ali - Publié dans : Actualités
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